26/04/2010

24 mars 1852

C’est le 24 mars 1852, que les communes de la Croix-Rousse, la Guillotière et Vaise furent rattachées à Lyon. L’affaire fut nommée rondement peu de temps après le Coup d’Etat de Napoléon III

Cette question du rattachement était alors une vieille lune puisqu’on en avait déjà débattu en 1806 et après la révolte de 1831. Quelques deux mois après la Constitution du 14 janvier 1852 qui fondait en France un régime autoritaire et fortement centralisé, les préfets reçurent des attributions élargies pour imposer partout la volonté du pouvoir exécutif. Dans le Rhône, le baron de Vincent déploya un zèle intarissable dans ce sens : Il reprit rapidement le rapport de l’ancien préfet Darcy concernant « la réunion administrative des trois communes » car il y voyait un moyen d'étendre ses pouvoirs de police afin d'éviter de nouvelles émeutes.

 Le courrier de Lyon, soutint le préfet, contre l'hostilité des communes concernées, y compris celle de Lyon, comme en témoignent les rapports des conseils municipaux et le projet paraît abandonné une nouvelle fois. .

Le 24 mars 1852, un décret de Louis-Napoléon réunit d’autorité à Lyon les communes de la Guillotière, de la Croix-Rousse et de Vaise et créa cinq arrondissements. L’administration de ce nouveau Lyon fut  confiée  au préfet avec des pouvoirs de police encore étendus, et les maires d'arrondissement et adjoints ne récoltèrent que des fonctions subalternes. Le 6 avril 1852, une commission dite provisoire (18 ans d'existence !) sous le contrôle du préfet faisant office de municipalité fut créée, et le 8 avril 1852 furent nommés les maires et adjoints des 5 arrondissements. La mise en vigueur et la passation de pouvoir fut réalisée le 14 avril 1852 à 16h.

 

Les communes de Villeurbanne, Vaux, Bron et Vénissieux (auparavant situés en Isère) furent ce même mois incorporées au Rhône, tandis que la commune de Saint-Rambert l’Ile Barbe, rattachée à l’agglomération lyonnaise, était soumise au régime de la police d’Etat.. Dans le prolongement de la rue de Saint-Cyr, une rue du neuvième arrondissement commémore donc cet acte de rattachement à l’époque quelque peu autoritaire…

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Plan Dardel (1853) avec les rattachements des 3 communes

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16/03/2010

Berjon

Vaise possède normalement sa rue Antoine Berjon puisque c’est dans cette commune, où son père était boucher, que naquit le peintre, le 17 mai 1754. La rue Berjon, qui traverse dans le neuvième arrondissement ce quartier en cours de réhabilitation, est celle où se trouve à présent le bric-à-brac  du foyer Notre-Dame des sans abris.

Berjon apprit à dessiner auprès d’Antoine Michel Perrache, professeur à l’Ecole de dessin de Lyon, avant d’entrer dans une maison de soieries. La Révolution l’obligea à quitter Lyon pour Paris, où à partir de 1794, il  put compléter sa formation auprès du portraitiste et miniaturiste Jean Baptiste Augustin (1759-1832). Berjon exposa régulièrement au salon de Paris avant de regagner Lyon en 1810 pour devenir professeur de « la classe de la fleur » à l’école des Beaux-arts où il forma quantité d’élèves au métier de dessinateur de la soierie. « Ses remarquables compositions le placent au premier plan dans le genre, tant il restitue la texture même des végétaux, jusqu’à se soucier de la transparence des gouttes de rosée. », écrit Bernard Gouttenoire, dans son Dictionnaire des peintres & sculpteurs à Lyon.

En 1823, Pierre Revoil, un de ses élèves, le fit destituer en raison de ses sympathies persistantes pour l’Empire. Il continua durant une vingtaine d’années à dessiner et à peindre, avant de mourir en solitaire, en 1843.

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A l'orée du XIXème siècle, Berjon fut le tout premier des dessinateurs à délaisser l’anonymat de la Fabrique, le « bagne de la peinture », comme le nommera plus tard Baudelaire, pour faire une carrière en solo. Peintre minutieux du détail, du moindre grain de matière,  il entreprit également une œuvre de portraitiste qui demeura longtemps confidentielle : quelques autoportraits conservent le souvenir de son visage, taillé à coups de serpe et de son regard d’aigle. Ses portraits célèbrent des figures de la société lyonnaise sous l’Empire (Monsieur et Madame Dutillieu, Madame Augias, Mademoiselle Bailly.)

Berjon est enterré au cimetière de Loyasse. A l’intérieur du palais Saint-Pierre on peut voir un médaillon de bronze à son effigie..

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20/10/2009

Claire

Le domaine de la Claire, aujourd'hui disparu, avait été contruit au seizième siècle pour Jean Clarissimo Chernachi, riche fabricant d'étoffes italien surnommé Le Clair. La demeure était entourée de magnifiques ombrages, dont le souvenir ferait pester aujourd'hui les automobilistes pris dans les embouteillages presque insolubles de Vaise.

 Les jardins, que décora Le Nôtre, étaient arrosés par des fontaines limpides. C'est dans cette demeure que, venant pour la première fois à Lyon, Henri IV s'installa, le 21 août 1593 et y reçut les hommages des échevins lyonnais, tout comme il logea au château de la Duchère à la veille de son mariage avec Marie de Médicis en la cathédrale Saint-Jean.

A l'issue du siège de 1793, le général Précy, le chef des insurgés, livra un dernier combat à la Claire, avec une poignée d'hommes, avant de réussir à échapper aux Conventionnels et de se retirer sur Saint-Romain de Popey. En 1814, la maison de la Claire servit de citadelle à huit cents soldats d'Augereau qui parvinrent, retranchés là, à résister aux Autrichiens. En décembre 1815 les Alliés quittant Lyon trouvèrent à leur sortie du côté de Vaise et jusque dans la maison de la Claire qu'ils occupaient un écrit répandu à profusion, intitulé Adieu des Lyonnais aux Alliés.

                                                                   
« Contents de vos belles prouesses
Allez cultiver vos guérets,
Si vous emportez nos richesses
Vous n'emportez pas nos regrets.

Mais si nous prenant pour des lâches,
Vous croyez nous avoir vaincus,
Souvenez-vous que vos moustaches
Frent vingt ans nos torche-c ... »


Sur une partie des terrains fut aménagée en 1854 la gare de Vaise. De ce domaine, de cette histoire, seule témoigne cette petite rue qui permet de rejoindre, face à la gare de Vaise, le quai du Commerce à la rue de Bourgogne. Ci-dessous, une vue prise de la Claire, de Guindrand, provenant du fond Coste de la Bibliothèque de Lyon. On voit au loin la colline Fourvière et le défilé Pierre Scize

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03/10/2009

Chana (montée)

A la limite du cinquième arrondissement, frontière jadis entre Lyon et la commune de Vaise, la montée de la Chana est l'une des plus pittoresques de la ville. Elle permet de découvrir peu à peu, au fil des escaliers qui grimpent de manière abrupte la colline de Fourvière entre deux murs de pierres ayant beaucoup vécu, un panorama exceptionnel sur la Saône qui, en serpentant, fait son entrée à Lyon, les toits qui se pressent autour d'elle, la plaine lointaine qui s'étale et se fond à l'horizon.

C'est un peu le pendant de la rue Joseph Soulary, qui offre le même type de perspective en grimpant sur la colline de la Croix-Rousse (de l'autre coté, vis à vis du Rhône cette fois-ci.)

En raison du caractère ardu de la promenade, peu de touristes s'y croisent, et c'est donc un plaisir de s'y promener seul ou entre amis pour humer un peu les parfums d’antiquité que recèle cette ville. En son centre, une rigole qui dévale. Il donc est tout à fait probable que cette gargouille fort quelconque et souvent emplie de saletés diverses, ait donné son nom à la montée; en effet, en patois lyonnais, chana signifie canal réservé à l'écoulement des eaux de pluie., et l'on appelle « chanées » les tuyaux de fonte ou de fer blanc destinés à l'écoulement des eaux de toitures.

Ce mot « chana » là viendrait du latin canalis, signifiant canal, conduit d’eau. Alors que chanée dériverait plutôt de canabula (signifiant le canal de drainage, autrement dit la rigole)

D'après une autre version, ce nom garderait la mémoire d' un monastère médiéval, Saint-Martin de la Chanaul ou de la Chanal. Ce monastère, qui datait du Xème ou du XIème siècle fut supprimé en 1483 par le cardinal de Bourbon, pour raison de quelque scandale, et donné au chapître et à l'église Saint-Paul. La chapelle et le domaine furent cédés ensuite, en 1566, à l'Aumône Générale (futur hôpital de La Charité).

Il existait par ailleurs à Lyon, au quatorzième siècle, une famille de Chana, dont un lieutenant du capitaine pennon de Saint-Vincent.

Enfin, et même si cela n’a pas de rapport avec l’appellation de la rue, il rappeler le sens en vieux lyonnais du mot chana, terme de canuserie rapporté par Puitspelu dans son Littré de la Grande Côte : La chana (de canalem) est une rainure creusée dans le battant du métier, afin d’y recevoir le peigne.

Rainure, rigole, on le voit, l’idée reste la même… Le mot latin se retrouvant du tout au même dans tous les patois.

01/10/2009

Bourbonnais

get.jpgCette rue et ses environs sont habités depuis des temps fort reculés puisqu’à l’occasion d’un chantier au n° 105, on y a retrouvé il y a quelques années des vestiges importants d’une villa gallo romaine qui disposait de thermes privés. Tout le quartier de Vaise était alors une zone rurale proche de Lugdunum, sur laquelle de riches propriétaires faisaient construire leurs villas de campagne.

 

Le chemin du Bourbonnais, ainsi nommé puisqu’il reliait le faubourg de Vaise à l’ancienne province du Bourbonnais, à la  limite Nord du Massif Central, est fort ancien. Grâce à la production des Pépinières Royales de Gorge de Loup, qui travaillaient à plein rendement, il était jadis bordé de sycomores. Entre 1874 et 1875, la ville acheta des parcelles de terrain à divers propriétaires afin de le transformer en artère. L’appellation  rue du Bourbonnais rappelle aussi le temps où la voie ferrée de Lyon à Paris par Moulins passait par Vaise.

Le Bourbonnais, qu’avait créé puis agrandi la famille des Bourbons, avait été un duché de 1327 jusqu’à 1527, lorsque objettrouves.jpgFrançois 1er le réunit aux territoires de la Couronne. Depuis la Révolution Française, cette vieille province correspond à peu de chose près au département de l’Allier.  

Depuis une dizaine d’années, la rue du Bourbonnais est aussi la rue des Objets Trouvés ; en effet, elle abrite ce service au n° 65.  Elle part du centre de Vaise, non loin  de la place Valmy, puis oblique à gauche au niveau de la rue de l’Oiselière pour  traverser tout l’arrondissement jusqu’à la pointe de la rue Marietton, au pied de la Duchère.

 

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26/09/2009

Saint Simon

La plus grande partie de l'ancienne rue Saint-Simon a pris le nom de Sidoine-Apollinaire, l'évêque de Clermont, lors de sa création 4 juillet 1927. Le l'emplacement conserve le souvenir du marché aux bestiaux (les abattoirs), qui siégea à Vaise de 1855 à 1924, avant d'être transférés à la Mouche. En effet Saint-Simon est le patron des bouchers. Il semble d'ailleurs qu'à l'époque, le nom de Saint-Simon ait désigné une partie beaucoup plus vaste du quartier, puisque la rue Sidoine Apollinaire se nommait auparavant « chemin de Saint-Just à Saint-Simon ».

Le marché aux bestiaux se tenait au n° 28 de cette ancienne rue, aux côtés des abattoirs. La Ville avaient acquis les terrains le 23 février 1855, auprès de messieurs Morand et Tissot, deux propriétaires vaisois. Durant ces quelques soixante dix-ans, le quartier respira grâce à sa présence. Un peu partout autour s'établirent des marchands de vin, qui glissaient quelques centilitres de sang dans leurs bouteilles. Le sang colle au vin et, retenant les impuretés, les clarifie. Il suffit d'en mettre fort peu, de bien agiter le tonneau et de laisser l'albumine nettoyer le tout, avant de le déposer au fond. Tous les bistrotiers de Vaise servaient de cette picrate-là.

Le lundi, de nombreux chômeurs se rendaient à Vaise pour aller emboquer les veaux : il s'agissait de leur faire boire quinze litres de lait durant la nuit, pour qu'à le pesée du lendemain, ils valent le plus cher possible. Le truc avait été vite éventé, mais comme les prix s'étaient ensuite établis en conséquence, celui qui ne gavait pas ses veaux aurait perdu.

Les bêtes arrivaient jusqu'au n°28 par la gare de Vaise, sauf les moutons qui débarquaient, eux, en bateaux par le port sur la Saône. On les poussait par la rue Saint-Pierre en une belle cohue matinale. Les toucheurs de bestiaux logeaient dans des cabanons de planches et jouissaient d'une mauvaise réputation : teigneux, pas fréquentables, malodorants, même leurs femmes ressemblaient à des armoires à glace. La police elle-même évitait de s'y frotter. Le marché connaissait aussi ses grands jours, avec ses concours d'animaux qui attiraient un jury plus distingué

Les abattoirs, c'était le paradis des rats, évidemment. Lorsqu'ils furent transférés à la Mouche, les énormes rongeurs repus, souverains, qui n'avaient pas suivi, se retrouvèrent brutalement face à la faim et sortirent, affolées, par les rues : ils auraient dévoré les gens dans leurs lits et le quartier en a longtemps gardé le souvenir.

Aujourd'hui la rue Saint-Simon abrite le dépôt ouest des transports en commun lyonnais, et l'une de ses extrémités se transforme en échangeur routier. La rue est redevenue hygiénique. Mais elle y a laissé son âme, et tous ses marchands de vin frelaté.

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24/09/2009

Arloing

Le quai Arloing s’étend le long de la rive droite de la Saône, du pont Mouton au pont Koenig, dans le neuvième arrondissement de Lyon. C’est une partie de l’ancien quai de Vaise, qui a été créé en 1911. A son emplacement actuel se trouvait jusqu’en 1842 la Grande Rue de Vaise ; celle qui porte ce nom aujourd’hui – et qui fut percé en 178 - se nommait alors la route nationale. Il n’existait pas alors de quai véritable, mais, comme d’ailleurs tout au long de la rivière partout ailleurs, le paysage qu’on voit sur la photo ci-dessous : un alignement de maisons plutôt vétustes longeant directement le bord de la rivière, et parfois trempant dans son courant.

Vaise connut en ce temps-là des inondations fréquentes et terribles. Celles de 1840 plus que d'autres laissèrent dans la commune plus d’un mètre cinquante d’eau pendant trois semaines. C’est à cette occasion qu’on prit la décision d’endiguer la Saône. De 1843 à 1867, la construction du quai de Vaise fut un vaste chantier qui se poursuivit sur 1075 mètres et coûta la somme énorme de plus de 2,5 millions de francs-or. La tâche fut énorme, car il fallut acquérir une à une toutes les maisons placées en bordure du lit de la rivière, et parfois même empiéter sur son cours.

 

Né le 3 janvier 1846 à Cusset dans l’Allier, mort le 21 mars 1911 à Lyon, Saturnin Arloing fut professeur à l’Ecole Vétérinaire de Lyon, où il prit au poste de directeur la succession de Chauveau son maître (tout comme d’ailleurs son quai prolonge le sien). Il était issu d’une famille de maréchal-ferrant, ce qui conditionna quelque peu ses études : A l'époque, en effet, les deux professions étaient liées par une étroite filiation en raison des soins qu'il fallait accorder aux chevaux. Après un bref passage par Toulouse, Arloing a occupé la chaire de Physiologie à Lyon. Une magnifique et émouvante statue lui est dédiée, dans la cour de l’école vétérinaire. Il est resté dans l’histoire pour avoir fabriqué le vaccin contre la tuberculose pour les bovins. Il a été président de l’Académie de Lyon. Son fils, Fernand (1876-1944), a également été professeur de médecine, bactériologiste et académicien.

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