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09/09/2009

Rabelais

Les séjours deFrançois Rabelais à Lyon ne se comptent pas. Il est probable que la première fois qu'il y vint, ce fut pour chercher un refuge : en 1524, le supérieur du couvent franciscain de Fontenay-le-Comte, où il était moine, lui créa de gros ennuis parce qu'il étudiait le grec. Son séjour le plus long fut celui qu'il fit à partir de 1531, durant lequel il édita chez Sébastien Gryphe, plusieurs ouvrages d'érudition, notamment les Aphorismes d'Hippocrate, d'après un manuscrit grec dont il avait eu connaissance à Montpellier. En 1532, il est nommé médecin au Grand Hospital du Pont du Rosne, avec des appointements de quarante livres par an. C'est alors qu'il fait paraître Pantagruel, au mois de novembre, chez Claude Nourry qui habitait près de N.D. de Confort. Il est obligé de quitter Lyon au début de 1535 et se réfugie auprès de son protecteur, l'évêque de Maillezais.

On raconte qu'alors, frappé de fâcheuse impécuniosité au moment de se rendre à Paris, Rabelais imagina l'expédient suivant : il fit écrire par un enfant des étiquettes placées sur des sachets, portant les mots : poison pour le roi, poison pour la reine, poison pour le dauphin. Dénoncé par ses soins, il fut arrêté et conduit à Paris devant le roi au frais de l'Etat. Il se disculpa aisément alors en avalant le contenu parfaitement inoffensif des trois sachets. Véridique ou non, l'histoire a longtemps circulé sous le nom du quart d'heure de Rabelais, pour souligner l'art de se tirer d'affaire sans bourse délier.

Troisième et dernier séjour en 1538. Il a conquis entre temps ses grades universitaires, il est docteur et fait à Lyon sa célèbre leçon d'anatomie sur le cadavre d'un pendu. Mais il est stupidement inquiété par le cardinal de Tournon qui songe le faire emprisonner et doit fuir une fois de plus précipitamment.

En 1855, on donna à une rue de la Paix, sise dans le troisième arrondissement,  le nom de François Rabelais. Certains s'émurent que cette rue se trouvât loin de l'Hôtel Dieu, mais la commission de l'époque fit valoir que François Rabelais étant davantage honoré en tant qu'écrivain national que médecin, cette proximité n'avait nulle importance.

Aux alentours de 1880 on trouvait encore un cabaret au nom pittoresque au 31 de la rue de Maîstre Alcofribas Nasier, "Le Guignol ronflant". En voici une description faite par le journaliste lyonnais Bernard Frangin (Bistrots de Lyon, histoire et légende) : « Assassins et filles s'y réfugient dès potron-minet pour se refaire de leurs méfaits nocturnes. Le tavernier, un certain Roux, leur compte un sou de l'heure pour dormir devant une table. A l'entrée, un judas invisible permet d'ouvrir la porte aux seuls habitués montrant patte blanche. L'arrière-cour abrite un puits bidon, autorisant une fuite discrète et rapide au cas de descente de police inopinée. Cela sous couvert d'une réclame de bon aloi : Café-restaurant - cuisine ménagère à emporter- on vend à la portion ».

L'enseigne du Guignol endormi n'est donc évidente que pour les seuls initiés.
Aujourd'hui, rien n'est plus banal que cette rue dont on songe, en la parcourant, que le maître des lieux et sa dive bouteille auraient mérité une artère autrement divagante : ces façades bourgeoises, alignées sans la moindre originalité, et où s'abritent les notables, n'ont en effet que peu de choses à voir avec celui qui écrivit « je ne construis que pierres vives » et nous offrit tant de mots célèbres, bons et truculents. A lui, donc, le mot de la fin :

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Le grand Dieu fit les planètes et nous faisons les plats nets.

(François Rabelais / Pantagruel / 1532)

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