15/11/2009

Claude Farrère

Fils d’un colonel d’infanterie coloniale, Frédéric Charles Bargone nacquit à Lyon, le 27 avril 1876. En 1894, il entra à l’École navale. Enseigne de vaisseau en 1899, il obtint en 1906 le grade de lieutenant. Affecté à l’artillerie d’assaut pendant la Première Guerre mondiale, il était capitaine quand fut signée la paix ; il démissionna en 1919 pour se consacrer à sa seconde passion : les lettres. N’étant pas démuni de bravoure, il s’illustra le 6 mai 1932 en s’interposant entre le président Doumer et son assassin, ce qui lui valut deux balles dans le bras. Après deux échecs — au fauteuil Richepin enlevé par Émile Mâle en 1927, et au fauteuil Jonnart qui échut à Maurice Paléologue en 1928 — Claude Farrère fut finalement élu à l’Académie française le 28 mars 1935, par 15 voix au second tour, au fauteuil de Louis Barthou. Il arrachait son fauteuil à un concurrent de choix, puisqu’il s’agissait de Paul Claudel, qui n’obtint que 10 voix. C’est le même Pierre Benoit qui recevait Claude Farrère sous la Coupole, le 23 avril 1936. Claude Farrere mourut le 21 juin 1957 et Troyat récupéra son fauteuil d'immortel

417824697.jpgLors de son discours de réception à l'Académie, ce dernier raconte la façon dont Bargone devint un beau jour Farrere : Bargone avait envoyé son roman, Les Enervés, à Pierre Louys. Ce dernier, après l'avoir lu, l'invita à revoir quelques passages, à changer le titre (Les Enervés devinrent les Civilisés), et finalement à se choisir une nom d'auteur : "Le nom qu'on trouve sur un acte de l'état-civil est une calamité pour cent personnes contre une, dit-il. En tout cas, il ne convient jamais à l'oeuvre. Spinoza est un nom de danseur, et Ingres un nom horrible à prononcer". Bargone avança timidement, poursuit Troyat, "qu'il eût aimé signer Claude Ferrare. D'autorité, Pierre Louys inversa deux lettres. Ce fut ainsi que, pour la première fois, notre jeune écrivain entendit résonner à ses oreilles un nom qui allait le rendre illustre : Claude Farrère" En 1905 en effet, le roman sauvé des eaux par Pierre Louys obtenait le prix Goncourt. D'autres suivraient, Fumée d’opium, L’Homme qui assassina, Mlle Dax, jeune fille, La Bataille, Les Petites Alliées, Thomas l’Agnelet).

Durant l’entre-deux-guerres, Claude Farrère devait poursuivre cette œuvre plus qu’abondante, puisant à la double source du réalisme et de ses souvenirs d’officier de marine en Extrême-Orient. On pourra citer encore : La Maison des hommes vivants, Dix-sept histoires de marins, Quinze histoires de soldats, Bêtes et gens qui s’aimèrent, Les Condamnés à mort, La Dernière déesse, Les Hommes nouveaux, Mes voyages, La Marche funèbre, Le Chef Loti, Les Quatre dames d’Angora, L’Inde perdue, Forces spirituelles de l’Orient, L’Europe en Asie, etc,etc. De quoi remplir une étagère dans une bibliothèque de notable, n'est-ce pas ? Je ne sais pas qui, à présent, lit une ligne de Farrère.

La rue du troisième arrondissement qui porte son nom pourrait tout autant s'appeler la rue des Oubliés, car elle s'appelait auparavant Gensoul.  Gensoul, du nom d'un chirurgien de l'Hôtel-Dieu(1797-1858), sorte de Homais local dont quelques brillantes opérations assurèrent la renommée : l'extirpation de la glande parotide, l'extirpation de l'os de la machoire supérieure - opérations considérées comme impossible avant lui, et pour lequel il reçut le prix Montyon.

 


Photo : Couverture d'une réédition de Mademoiselle Dax, jeune fille, dont l'action se passe dans une famille de soyeux lyonnais, depot légal 1908

16:36 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : claude farrère, littérature | |  del.icio.us |

Commentaires

Je serais curieuse de lire Les Civilisés. Pour voir...

Écrit par : Michèle | 17/11/2009

Écrire un commentaire