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  • Commandant Arnaud

    Autour de la figure de ce commandant, il y a eu à la Croix-Rousse une sorte de légende durant la première partie du vingtième siècle. Cela nous ramène à l'année 1870 et à la bataille de Nuits (voir ce billet) Le 19 décembre 1870, au lendemain de la défaite militaire, la rumeur s'était répandue que les légions de volontaires du Rhône avaient été décimées sous le regard de la troupe qui n'avait bougé pour les défendre. Devant une foule en ébullition où les femmes, mères, veuves et sœurs des morts à Nuits ne sont pas les moins excitées, on crie à la trahison et des meneurs affiliés à l'Internationale tentent de récupérer la colère pour créer un mouvement insurrectionnel visant à chasser le préfet Challemel Lacour (voir ce billet), le conseil municipal, et installer la Commune à l'Hôtel-de-Ville. C'est dans la salle Valentino, au n° 8 de la place de la Croix-Rousse que, dans une atmosphère d'orage, s'enchainaient les discours.

    On somma le commandant du 12ème bataillon de la Garde nationale, un chef d'atelier du nom d'Antoine Arnaud, connu par la police impériale pour son républicanisme, libre penseur et franc-maçon, de se placer à la tête des émeutiers et de les diriger vers l'Hôtel-de-Ville. Arnaud refusa, tenta de s'enfuir par la rue du Mail où il fut saisi par les émeutiers, traîné dans la salle Valentino et condamné à mort par une assemblée surchauffée après un simulacre de jugement. On le conduisit au Clos-Jouve, escorté de femmes qui portaient des drapeaux rouges et noirs et on le fusilla. Jetant son képi en l'air, il commanda lui-même le feu, rapportèrent des témoins, en criant Vive la République.
    Grâce à sa Résistance, les bataillons du entre Ville purent réprimer les projets des émeutiers. Le Conseil Municipal de Lyon, "considérant que le commandant Arnaud, du 12ème bataillon, avait été lâchement assassiné en cherchant à maintenir l'ordre public menacé" décida d'adopter ses trois enfants au nom de la ville, et d'attribuer une pension viagère à sa veuve.

    «Les funérailles seraient faites au frais de la commune et un emplacement de terrain cédé gratuitement et à perpétuité. Le 22 décembre, raconte Kleinclausz dans son Histoire de Lyon, le cercueil du commandant Arnaud, recouvert des insignes compagnonniques et maçonniques, fut conduit au cimetière de la Croix-Rousse par une foule énorme en tête de laquelle marchaient le maire Hénon, le préfet Challemel Lacour et Gambetta, de passage Lyon. Le Conseil de guerre prononça quatre condamnations à mort parmi les tribuns de la salle Valentino : seul le dénommé Deloche fut passé par les armes, les autres étant en fuite. On admit qu'Arnaud avait été victime d'une vengeance des internationalistes. D'autres contemporains évoquèrent une confusion possible avec un homonyme. »

    La place fut réaménagée sous la forme qu'on lui connait, avec la longue école primaire, au début du vingtième siècle. Lorsque le tramway électrique relia Perrache à la Croix-Rousse par les pentes abruptes du cours des Chartreux, on créa une ligne 13 qui, reliant Perrache à la place du commandant Arnaud, devint vite célèbre pour ses torpilleurs, surnom donné à ses motrices. Sur la photo, une voiture de la ligne 13 Perrache-Commandant Arnaud.

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  • Challemel-Lacour

    Paul Armand Challemel-Lacour est né à Avranches, en Normandie, le 19 mai 1827. Ancien élève de l'Ecole normale supérieure, il fut reçu premier à l'agrégation de philosophie, et se fit connaître comme un ardent républicain durant tout le Second Empire.

    Exilé en Suisse jusqu'à l'amnistie de 1859, il y a exercé la fonction de professeur de littérature française au Polytechnicum de Zurich. Revenu en France, il fut auprès de  Gambetta le co-fondateur de la Revue politique en 1868. Nommé préfet du Rhône après le 4 septembre 1870, il a vu son autorité combattue à la fois par la municipalité lyonnaise (qui revendiquaient l'autonomie confisquée par son prédécesseur Vaisse) et par les conservateurs qui l'accusaient de manquer d'énergie face au comité de salut public.

    Contesté par la Commune de Lyon qu'il réprima violemment, il est démissionnaire le 5 février 1871. L'année suivante, on le retrouve élu représentant des Bouches du Rhône à l'Assemblée Nationale, avant de siéger de 1876 jusqu'à sa mort comme sénateur de ce département, parmi les républicains de gauche. Il réalise ensuite une brève carrière d'ambassadeur (Berne en 1879, Londres en 1880), puis devient un éphémère ministre des Affaires-Etrangères dans le cabinet de Jules Ferry.

    Challemel -Lecour a été président du Sénat et académicien (il prit la place d'Ernest Renan le 23 mars 1893) durant les trois dernières années de sa vie. Considérant que l'esprit radical avait engendré en France une forme d'anticléricalisme détestable, il prôna à la fin de sa vie des pratiques plus modérées, des opinions plus consensuelles. Il mourut le 26 octobre 1896.

    Challemel Lecour est l'auteur d'une Histoire de la philosophie en cinq volumes, publiée chez Ritter en 1861 et d'un travail sur Schopenhauer (Etudes et réflexions d'un pessimiste, Paris ; 1901).

    De la rue Marcel Mérieux à la route de Vienne, la rue Challemel-Lecour traverse le septième arrondissement de Lyon. Ci-dessous, une caricature d'époque.

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